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Parlement & motocyclette


Est-ce qu'enfin?

Après deux ans à nager dans le sable, une oasis. Le genre de client que je n'espérais plus. Oh, je traduisais, je traduisais. Mais pour une agence qui me filait tout ce qui lui tombait sous la main : offres d'emplois dans les télécoms, communiqués de la Société canadienne du cancer, docs du congrès des fabricants d'asphalte (!). Chaque fois, forcé de reprendre à zéro, de chercher les termes du domaine. Et puis, on m'envoyait les tâches n'importe quand, le vendredi soir pour le lundi matin, 4 000 mots ou 250. Tout interrompre pour des prunes. Impossible d'imaginer faire ça pendant des années. Trop instable pour ce que j'en tirais. J'aurai appris, par contre – et de ça, de la chance donnée, je suis reconnaissant. Maintenant, oh maintenant, un client taillé pour moi. Je dis «client», mais c'est pas le bon mot. C'est une boîte, une équipe, on travaille pour elle, tout en restant indépendant. Travailleur autonome. C'est important. «Pas de carrière», comme disait Bouvier. Une boîte très 2017. Un portail, une salle de chat. Des gens dispersés – Montréal, Ottawa, République dominicaine... On donne ses dispos, comme ça on ne nous dérange pas le vendredi soir si pas envie. Et un domaine, un seul : la trad parlementaire. Chambre des Communes, Sénat. Toujours été plus porté sur le service public. Ça me convient, ça me convient trop! Faut bien que le boulot se fasse. «Moyen d'existence juste», comme dit le bouddhisme. Il y a fierté, à faire ce travail qui ne vise pas à l'engraissement de quelques-uns, mais qui sert au contraire le bien commun. Un petit peu, son minuscule apport, à ce qui demeure une démocratie, malgré tout ce que les cyniques, qui n'ont pas assez voyagé, en disent. On traduit les débats des ministres, des membres des comités, par exemple. Bien sûr que non, c'est pas toujours édifiant. Il y a la joute. Ça, on l'entend tout le temps dire. Reste que Trudeau a succédé à Harper, quoi qu'on en dise. Et Navalny, il succédera à Poutine? Important, surtout en ces temps trumpiens, le Parlement canadien. Fier boulot, je trouve. Je suis très content. Tout sourire.

Et ça rouvre la Thaïlande. L'Asie au large. Je peux continuer ce boulot d'où je veux. On en parle de plus en plus. De plus en plus probable, un rebasculement. Pas tout vendre et tout balancer ici, cette fois, non. Je veux garder un pied(-à-terre) à Montréal. «Un pied dans un pays et l'autre en un autre, je trouve ma condition heureuse, en ce qu'elle est libre», disait Montaigne.

En attendant, on passera le printemps et l'été ici. La moto, c'est mon rêve, depuis que je suis rentré. Commencé les cours en avril 2016, un an plus tard j'aurai enfin mon vrai permis. Cette Kawa 650 que le père me donne, quelle chance. J'ai qu'à faire changer le carbu, et ça y est. On passera l'été sur les routes. Même en ville, ça ouvre un mode de vie. Plus thaï, dans son style. Ça, qui me manque. De pouvoir aller partout. Et y aller le vent dans le visage.

Déjà ça printemps, ça fond – et sur le canal Lachine, il y a les canards.


#trad #travail #moto