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Dans une bourgade pentue près de l'aéroport

Tababela, Équateur, 24 septembre 2018

Dans une bourgade pentue près de l'aéroport, éboulis de champs de maïs et de maisons de plâtre, Tababela et son nom de pompon dansant, roulant vers Quito comme un virevoltant, surprise dans ses campagnes par l'aéroport tout neuf, transformée en dortoir pour voyageurs fugaces – à Tababela c'est dimanche et c'est la fête au village. Au terrain de sport des chapelets de saucisses fument sur les barbecues. Les foules se goinfrent et se heurtent. Sur une scène des musiciens pincent des accords andins, assaisonnent des chants propices. La Reina de Tababela est présente, cheveux en tortillons, ruban en bandoulière, haute et chavirante sur ses talons plastique. Dans les rues alentour résonne la musique sourde, des hommes à moustache se soûlent de bière et de whisky, devant les tiendas où ils s'approvisionnent. Pompettes ils chancellent sur la pente de l'après-midi, ivres morts se vautrent dans le crépuscule, s'affalent à l'angle d'un muret salvateur, ronflent de gros songes éthyliques : leurs têtes en roue libre déboulent les versants, s'achoppent à des pales qui les renvoient vers le haut, sous le grand ciel de vitre de leur monde sous cloche. Ils tombent dans des trous heureux, et entendent en sourdine le choc des cymbales.

Ils rêvent de Yamor, peut-être, le festival du maïs. Des rangs de danseurs en sarouals d’alpaga, des énormes masques balottés sur des jambes courtes – comme les bonshommes que dessinent les enfants, grosse tête sans corps d’où partent des membres. Un homme trapu descend la rue. Contre son ventre il serre un gros trophée, comme un niño embrasse son ours en peluche. El trofeo del mejor bailarín de la fiesta, nous dit notre hôte Felipe. Elle marche d’un pas lourd, la gloire de Tababela. Et la nuit tombe sur ces hauteurs, et les gens roulent jusqu’à leur tanière, et les avions chutent dans le ciel vertical, dans ce monde à la renverse...