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Dans la petite ville de montagne les murs sont de planches

Mindat-Matupi, État Chin, Birmanie, 15 janvier 2019

Dans la petite ville de montagne les murs sont de planches et la rue de poussière. Les premières raies du jour filtrent par les fentes et les fenêtres découpées à la scie. Le long de la rue marchent les dernières femmes au visage tatoué. Pour la saison froide elles portent des vêtements bigarrés, robe à fleur, chandail de bazar à motifs de panda, foulard pelucheux leur ceignant la tête comme une couronne d’or. Le fond de l’air est frais et la ligne du soleil balaye les surfaces, effleure les peaux et réchauffe à peine.

On s’arrache à Mindat par la route à flancs et à monts, sur une moto indienne rouge phosphore, dans l’air sec et froid qui descend des sommets. Sur les montagnes là-haut la terre est sépia, la végétation rare, les arbres rabougris, leurs branches des moignons couverts de mousse hirsute – et pourtant, ça et là, des fleurs écarlates jaillissent des touffes feuillues.

On roule tout le jour sous la griffure du soleil, qui nous herse le nez et les lèvres, gratte l’atmosphère sablée et âpre : allumette frottée, phosphore blanc, éclair soufré – cela s’éteint bientôt, se consume derrière les monts hauts. D’un coup l’air se refroidit sur les flancs ombreux. Il faut arriver, on grelotte, on arrive : Matupi. Impression de poste de traite, de town frontière. Au carrefour un kid allume le lampadaire comme si c’était une lampe, d’un coup de doigt sur l’interrupteur. À la place du marché sont mille légumes, racines, graines et viandes rapportés des forêts. Dans la rue deux scooters chargés de couvertures molletonnées, marchands de fourrures des temps présents.

Sous les mêmes couvertures au soir on se blottit, dans notre guest house glacial aux cloisons de planches.