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Sur la digue dressée contre le fleuve Irrawaddy

À l'approche de Mandalay, Birmanie, 22 janvier 2019

Sur la digue dressée contre le fleuve Irrawaddy, la route Myo Pratt prend la ville à revers. À main gauche sont des barges et des chalutiers, à droite des marais et des bassins : on roule à moto sur la crête bulldozée, dans ce monde de fer et de poussière.

D’un seul coup tout déboule, tout se presse et s’empile. Des buildings de bidons de plastique, des pyramides de melons d’eau. Des restaurants aux bannières de nylon, des chaises en bord de route, sous les foulées des trucks rageants. Des vaches dans la boue, leurs mangeoires, puis tout de suite un dépotoir, des lambeaux souillés. Des enfants sales qui fouillent les poubelles, du linge à sécher au milieu du terre-plein. Un tuk-tuk de transport, la benne remplie de poissons sanguinolents. Des minibus, des camions qui roulent au gaz naturel, bonbonnes dressées derrière les sièges. Un petit cheval qui tire un cabriolet, et l’homme dedans qui tient les rênes. Un plat en styromousse jeté par la fenêtre d’un VUS. La vie là-dessus, parmi les machines, sur la jetée de terre. Les journées passées, les enfants leurs jeux, les barils de diesel. La chaleur des moteurs qui ondule l’atmosphère.

Tout cela qui tombe et brise la ligne de la route, la phrase peine à rendre, la phrase peine à rendre...

Le soir tombe sur la ville chahuteuse